Le brin d'herbe

Blog philosophique et politique

Politiquement correct, quand tu nous tues...
Mardi 1er mars 2011

Allez, un petit post d'actualité, pour changer.

On annonce que John Galliano, un couturier talentueux, va être viré de la maison Dior pour avoir prononcé des insultes et provocations antisémites dans un bar.

A voir les vidéos et à en croire les témoignages, il s'agit là d'extravagances d'un homme ivre, de provocations de soirée qui ne correspondent pas à un véritable racisme du personnage.

Cette affaire est symptomatique de notre époque : le politiquement correct qui neutralise et détruit toute créativité, la préoccupation hygiéniste et sécuritaire qui stérilise et tue tout personnage un peu original.

censure

Ceci rappelle d'ailleurs la récente occultation de Céline, qui lui, au moins, était notoirement antisémite, pour de vrai, mais qui n'en était pas moins par ailleurs l'un des plus grands écrivains français. Bref, il est temps de réaffirmer deux principes de base :

Premier principe : distinguer les différentes dimensions d'un homme, se permettre d'en prendre et d'en laisser. On peut aimer et célébrer Céline écrivain tout en méprisant Céline antisémite (et on peut au passage s'étonner qu'on puisse être à la fois si génial et si stupide). Ce principe est bêtement pratique : sans lui on se privera inutilement de beaucoup de choses, de la philosophie de Rousseau (il a abandonné ses enfants) aux aventures de Tintin (Hergé était raciste).

Deuxième principe : il serait temps de réaffirmer la liberté d'expression qui est décidément à l'agonie. Ce n'est pas en empêchant les racistes et les fanatiques de parler qu'on les fera taire.

En censurant ces discours on élève leurs auteurs (comme si nous avions peur de leurs idées !) et on abaisse le public (comme s'il était assez stupide pour se laisser convaincre). Oui, c'est cela au fond : la censure revient, ni plus ni moins, à prendre les gens pour des cons, à considérer qu'ils n'ont pas assez de jugement pour pouvoir entendre n'importe quoi. Détestable et nuisible mépris.

Mots-clés :  liberté d'expression   liberté de pensée   politiquement correct   histoire   art   
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Pensée d'automne
Dimanche 17 octobre 2010

En automne il convient de sortir avec au front une pensée bien sombre et bien profonde. Voici donc une proposition pour demain matin, qui sera sans doute un lundi gris et glacé. Je l'écris en gros caractères pour que ça fasse plus vrai :

L'homme ne sera jamais libre
car il ne perçoit que les différences
et celles-ci, quelle que soit leur importance,
emplissent son esprit et l'occupent tout entier.

Si vous décidez de revêtir cette sombre et profonde pensée, dites à ceux qui vous le demandent qu'elle est d'un penseur chinois qu'ils ne connaissent pas ; ou alors, d'un penseur pessimiste allemand anti-leibnizien du XVIIe siècle ; ou alors, que c'est une pensée structuraliste.

caspar david friedrich

Mots-clés :  liberté   différence   sensation   structuralisme   
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Vive le vide !
Mardi 7 septembre 2010

On passe sa vie à essayer de bien la remplir : avoir une carrière, plein d'argent, plein de distractions, etc.

Mais c'est une erreur.

Il faut au contraire vider sa vie au maximum, faire de la place pour de longs moments de néant et de rêverie. Alors seulement on est libre. Alors seulement on savoure véritablement la vie. C'est le paradoxe, que l'on peut énoncer en termes métaphysiques clinquants : l'être, et même la plénitude, jaillit du néant.

Carré blanc sur fond blanc de Malevitch
Carré blanc sur fond blanc, par Kasimir Malevitch

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Le mépris du mal
Samedi 28 août 2010

J'aime assez cette pub anti tabac. D'abord parce qu'elle est drôle. Ensuite, aussi, peut-être, parce qu'elle représente le mépris du mal, qui me semble être la vraie attitude à adopter envers lui.

pub anti tabac
Pub anti tabac : Soyez gentils avec les fumeurs.
Ils vivront moins longtemps que vous.

Encore faudrait-il que fumer soit vraiment un mal. Pour ma part, je ne pense pas. C'est simplement une activité nuisible parmi d'autres, mais qui nuit surtout à celui qui l'accomplit (pourvu qu'il soit respectueux). Par conséquent le tabac devrait simplement être taxé à hauteur du coût de la nuisance qu'il cause. Une fois cela fait, que l'on foute donc la paix à ceux qui veulent abréger leur vie de cette douce, coûteuse et monotone manière. (Enfin, douce au début.) Ce n'est pas notre problème.

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Laisser être
Jeudi 19 août 2010

L'un des objectifs de l'éthique de Heidegger l'obscur est de « laisser être ».

Etrange formule. Laisser être ne semble pas difficile. Il suffit de ne rien faire !

Et pourtant. Laisser être est une vertu aussi rare que précieuse.

Un seul exemple : le couple. Rien n'est plus difficile, apparemment, que d'aimer une personne tout en la laissant être ce qu'elle est, sans la faire entrer dans le gentil petit rôle qu'on avait prévu pour elle. Et pourtant, cette vertu est absolument nécessaire.

couple humour amour coeur cul

Conclusion : ne rien faire, s'en foutre, s'abstenir, est bien difficile, et le libéralisme existentiel est aussi difficile à pratiquer que le libéralisme économique !

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Pour un libéralisme écologique
Samedi 19 juin 2010

Le problème est simple : des pollutions, des activités nuisibles existent.

(Consommation de pétrole qui émet du CO2 dans l'atmosphère ; surexploitation des océans ; électricité nucléaire et déchets quasi éternels ; tabac causant des cancers ; aliments excessivement gras causant de l'obésité ; etc.)

La première solution venant à l'esprit serait d'interdire les activités nuisibles. On ne pêche plus de poisson (ou on applique des quotas), on ne brûle plus de pétrole, on ne fume plus, etc.

Mais cette solution est difficile à appliquer. Parce qu'il y a de l'inertie. Parce que les hommes ne veulent pas. C'est donc politiquement difficile. Et de toute façon, une interdiction brutale du jour au lendemain manquerait de souplesse.

Mais il existe une autre solution, très simple également : faire payer les nuisibles à hauteur de leur nuisance pirate. C'est le principe du pollueur-payeur. Que chacun balaie devant sa porte, que chacun nettoie sa merde, ou du moins paie pour elle.

Il s'agit donc de taxer, à la source, toutes les activités polluantes à proportion de leur pollution. Ce qui signifie, dans un grand nombre de cas, de taxer les quantités de matières nocives consommées, qu'il s'agisse de ressources naturelles abusivement exploitées (pétrole, poisson) ou non (alccol, tabac, graisse).

Les avantages de cette méthode sur l'autre sont multiples :

On pourrait appeler ce système le libéralisme écologique, ou plus exactement le libéralisme encadré, car il consiste à combiner l'efficacité du marché (avec, notamment, les prix comme meilleur indicateur possible de l'information) avec l'application d'un encadrement fiscal soigneusement défini par l'Etat, donc par la volonté politique.

C'est le libre jeu du marché, mais avec des règles soigneusement définies par l'Etat.

Taxer plutôt qu'interdire

Bref : Mieux vaut taxer qu'interdire.

Mots-clés :  écologie   économie   politique   liberté   justice   
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La morale est une mécanique
Samedi 29 mai 2010

Ce qui suit est peut-être une évidence, mais il est parfois bon d'énoncer les évidences.

La morale n'est rien de plus qu'une mécanique. Elle ne suppose aucune assise religieuse ou sacrée, pas plus que la « liberté » (en un sens métaphysique un peu fort) des hommes. La morale et la responsabilités sont compatibles avec le déterminisme métaphysique le plus absolu.

C'est-à-dire qu'il n'y a pas de morale au sens fort. Au fond, le discours moral n'a aucun sens. Il n'y a pas de véritable faute ni de véritable péché. Il n'y a que des phénomènes naturels plus ou moins nuisibles à certains. La morale se construit là-dessus, et bricole de siècle en siècle, pour que les sociétés fonctionnent (avec d'ailleurs une bonne part de symbolique et d'idéologie, qui interdit de voir dans la morale un appareil théorique rationnel et efficace).

Nous verrons peut-être bientôt nos jugements moraux, tous chargés de haine et de ressentiment, comme de vieux réflexes animaux, des résidus de l'animalité en l'homme. L'homme véritablement civilisé n'aura peut-être plus de sentiments moraux... ce qui ne l'empêchera pas d'apprécier ou d'être dégoûté par certaines choses. Il y a là une subtile distinction : l'homme moderne sera par-delà bien et mal, mais non par-delà bon et mauvais...

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La nature fait ce qu'elle veut
Samedi 22 mai 2010

Voici une expérience philosophique qui n'est pas de moi, mais qu'on m'a racontée, et qui a une portée universelle, comme toute chose.

On peut, en se promenant dans les champs ou la forêt, être soudain pris par cette belle et étrange idée : La nature fait ce qu'elle veut.

Car oui, la nature fait ce qu'elle veut. Ou du moins chaque créature vit, croît et s'exprime spontanément, sans mauvaise conscience, et d'ailleurs probablement sans conscience du tout. Chaque brin d'herbe grandit où bon lui semble, où il peut.

Fougères dans la forêt de Fontainebleau

Cette liberté de la nature est fascinante pour nous, les hommes, toujours épiés par notre conscience tapie quelque part au fond de notre crâne telle un lion... On peut alors se mettre à envier la nature comme l'angoissé envie les choses (elles ne meurent pas, elles !).

Cette réflexion sur la croissance de la nature me fait penser à une scène : dans le film Microcosmos une plante grimpante a été filmée au ralenti, on la voit enlacer une brindille puis, arrivée à l'extrémité d'icelle, décrire des cercles à la recherche d'un appui... Grâce à l'accélération du temps le mouvement et donc la vie de la plante apparaît, c'est assez merveilleux. (Ce passage se trouve à 8 min 26 et vous pouvez le visionner ici.)

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Le langage des esclaves
Dimanche 31 janvier 2010

Les observateurs de l'histoire (par exemple : Victor Hugo, Ernst Gombrich, Jacques Attali) ont remarqué ce fait étrange : le dominant adopte généralement la culture du dominé. Exemples : Akkadiens et Sumériens, Grecs et anciens peuples autochtones, Barbares et Romains.

Pourquoi en va-t-il ainsi ? On pourrait penser qu'au contraire, le dominant devrait imposer sa culture, car il est plus fort.

Une première explication consisterait à dire que le dominant est fort, certes, mais barbare, donc peu cultivé (c'est justement pour ça qu'il a pu faire la guerre) ; et par une loi un peu magique la culture supérieure s'impose à la culture inférieure.

J'ai trouvé récemment une autre explication sous la plume de l'écrivain roumain Virgil Gheorghiu, dans La Vingt-cinquième heure : si le dominant adopte la culture du dominé, c'est pour mieux pouvoir le commander.

Les hommes, afin de pouvoir avoir [les esclaves] à leur service, sont forcés de connaître et d'imiter leurs habitudes et leurs lois. Chaque patron est obligé de savoir un peu la langue et les coutumes de ses employés pour les commander. Presque toujours, lorsque l'occupant est en état d'infériorité numérique, il adopte la langue et les coutumes du peuple occupé, par commodité ou intérêt pratique. Il le fait bien qu'étant l'occupant et maître tout-puissant.
Virgil Gheorghiu, La Vingt-cinquième heure, Fantana, § 15

Gheorghiu en tire une conséquence assez terrible pour nous : nous vivons dans un monde plus rempli que jamais d'esclaves. Ces esclaves sont parfaitement obéissants, car ce sont des objets, des outils, des machines. Interrupteurs, ordinateurs, thermoréacteurs, tracteurs, aspirateurs. Dans le monde super-pratique moderne, les hommes deviennent eux aussi des machines...

Pour donner une touche d'optimisme, on pourrait distinguer deux effets de l'objet technique : un aspect aliénant, et un aspect libérateur. Mais il n'est pas du tout évident de savoir lequel l'emporte !

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Identité nationale
Vendredi 4 décembre 2009

Débat amusant, ou pathétique : celui sur l'identité nationale. Un chiffon rouge agité par la droite, pour faire réagir la gauche et remporter des voix. Et ça fonctionne. D'ailleurs moi non plus je ne peux m'empêcher de réagir tant l'idée est absurde.

drapeau français

Quelle idée ? L'idée de vouloir définir et cerner une identité nationale pour en faire un instrument politique d'inclusion et surtout d'exclusion. Ici on n'inclut que pour pouvoir exclure. Tests de langue française, tests d'amour, tests de patriotisme. Nombreuses sont les absurdités qui guettent, des idées et des sentiments plus périmés que jamais.

Pour le dire en un mot : vouloir légiférer sur ces choses-là est impossible et ignoble, car c'est une profonde atteinte à la liberté de pensée. Impossible, car on ne peut toucher à cette liberté, nul ne peut lire les pensées et sentiments d'autrui. Ignoble, car vouloir le faire est ignoble et détestable. C'est le viol politique. Se soucier d'une intimité qui ne regarde personne.

La loi ne peut et ne doit porter que sur les actes. Tout ce que l'on peut exiger d'un citoyen, d'un individu, c'est qu'il se comporte de telle ou telle manière. Ses mots et ses pensées doivent rester libres. Les tentatives de résoudre divers problèmes (paix sociale, terrorisme, etc.) en portant atteinte à cette liberté fondamentale sont vouées au rejet et à l'échec.

Il est vrai que c'est là la spécialité de la France, sous couvert de la formule magique « intégration » : l'Etat français a déjà porté atteinte à la liberté religieuse en interdisant le voile ; il n'est plus à une ignominie près.

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Objectif : détruire des emplois
Dimanche 19 juillet 2009

Toute l'histoire humaine est commandée par le progrès scientifique et technique.

La conséquence économique de ce progrès est une augmentation de l'efficacité du travail : on peut produire les mêmes richesses avec moins de travail humain et de ressources naturelles (énergie et matières premières). La destruction de travail est donc un objectif à la fois humaniste et écologique.

Ainsi, il faut se réjouir de toute destruction d’emplois : remplacement de tisserands par des métiers à tisser, d’ouvriers par des machines, de paysans par des tracteurs, de postiers, avions, trains et voitures par des e-mails, de fonctionnaires par des ordinateurs, de caissières par des caisses automatiques, d'encyclopédies papier coûteuses par des encyclopédies en ligne gratuites, etc.

Tous les boulots doivent disparaître, à commencer par les boulots de merde. Car, n'en déplaise aux fines oreilles, il y a des boulots de merde. Que les belles âmes égalitaires qui s'inquiètent déjà d'une stigmatisation du lumpen-prolétariat se rassurent : les métiers d'en haut sont bien aussi merdiques, que ceux d'en bas – quand ils ne le sont pas davantage.

Et si, demain, une nouvelle invention venait détruire un pan entier de l'économie, il faudrait s'en réjouir. C'est d'ailleurs en grande partie ce qui se passe avec internet, où on assiste à la réalisation de l'idée fondamentale du marxisme : le progrès technique entraîne un gain de productivité tel qu'une activité autrefois contrainte par le système économique bascule dans le bénévolat et la gratuité.

On dira que c'est une catastrophe ; que des milliers d'emplois seront détruits ; que des gens se retrouveront au chômage ; etc. A cela il faut répondre plusieurs choses.

D'abord, du point de vue strictement économique, le bilan de toute destruction d'emploi est nul : car ce que les hommes ne gagnent plus en tant que salaires, ils ne le paient plus en tant que consommateurs. En revanche le bilan humain est très positif, puisqu'on obtient, collectivement, les même richesses avec moins de labeur.

Ensuite, on pourrait ajouter que le chômage n'est pas si grave, surtout dans des pays où il est indemnisé comme en France. Mais l'essentiel est ailleurs : l'essentiel, c'est qu'il faut que la destruction du travail aille de pair avec le partage du travail restant.

On peut tout de même se poser la petite question suivante : vaut-il mieux maintenir des emplois peu utiles ou les supprimer carrément ? En les maintenant, on verse des salaires, qui contribuent à la consommation. Mais en les supprimant, on réalise des économies (d'autant plus que les emplois dont on discute ici ne peuvent être que des emplois publics). Par conséquent, l'argent économisé ainsi peut alléger les charges pesant sur le travail véritablement utile et stimuler celui-ci.

Ainsi, on pourrait proposer la stratégie suivante, qui a le mesure d'être très claire et concrète : supprimer radicalemement tous les emplois inutiles, réaliser des économies aussi rigoureuses que possibles dans tous les domaines, en licenciant un maximum de personnes ; et investir l'argent ainsi économisé dans des travaux utiles, qui ne manquent pas, notamment à l'époque où on prend enfin conscience de la terrible menace que l'homme fait peser sur l'équilibre de la planète. En particulier, un investissement massif dans les énergies renouvelables et la recherche qui leur est liée est urgent.

Bref, l'emploi inutile est un gaspillage absolu, sans aucune contrepartie positive. Il est donc indéfendable.

Ainsi les émeutes populaires contre le progrès technologique, avec destruction de métiers à tisser et exécution de l’inventeur, constituent le degré zéro de l’intelligence économique et de la conscience historique.

Il ne faut pas s'opposer au formidable mouvement historique du progrès, mais au contraire l'encourager, et s'attaquer au seul problème qu'il pose : la concentration du travail, ou plus exactement du pouvoir et des richesses, dans quelques mains.

Tel est le défi qui se présente à nous : parvenir à un juste partage du travail, du pouvoir et des richesses.

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La femme et la liberté
Mercredi 3 juin 2009

Dans le Dictionnaire amoureux du judaïsme de Jacques Attali, celui-ci propose une interprétation originale du mythe d'Adam et Eve.

Habituellement, on considère que c'est un mythe misogyne, car il attribue à Eve la responsabilité du péché originel. Par gourmandise et par curiosité (deux défauts bien connus des femmes), elle cède à la proposition du serpent, croque le fruit défendu et en fait goûter à Adam. Mais on peut voir dans ce « péché » le choix de la liberté et de la connaissance plutôt que le bonheur éternel dans l'ignorance.

(Cela fait penser à l'idée qu'il vaut mieux être un sage insatisfait qu'un port satisfait ; et aussi au mythe d'Ulysse qui renonce à la vie éternelle sur une île avec la belle déesse Calypso et préfère vivre sa vie de mortel...)

 Lilith 

Ainsi Attali souligne, après d'autres, que Eve n'a pas été créée avec une côte d'Adam mais avec un côté d'Adam : idée que l'humanité a été divisée en deux, la partie féminine et la partie masculine.

De plus, Attali nous rappelle qu'il existait, selon certaines traditions, une autre femme avant Eve : la sulfureuse Lilith, qui aurait refusé de se soumettre à Adam, puis à Dieu. Ce serait elle qui, déguisée en serpent, aurait tenté Eve...

Cette idée de la femme comme symbole de la liberté est intéressante... Depuis la Révolution française, c'est d'ailleurs une femme qui symbolise la liberté en France : La Liberté guidant le peuple de Delacroix présente une femme comme allégorie de la liberté. La Liberté éclairant le monde d'Eiffel et Bartholdi (la statue de la liberté), offerte par la France aux Etats-Unis, est encore une femme.

La liberté guidant le peuple
Mots-clés :  femme   liberté   mythologie   
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Le stylo et le balai
Samedi 28 mars 2009

Je viens de nettoyer ma piaule. :D

J'avais toute une pile de copies à corriger. :°)

Mais j'ai préféré passer le balai. ;)

Ce phénomène, qui peut sembler anecdotique au premier abord, mérite qu'on s'y arrête. Qu'est-ce que ça veut dire ? Comment peut-on préférer cette tâche vulgairement utilitaire, passer un coup de balai, au noble exercice de la pensée ? Comment peut-on préférer racler la crasse sous un lit plutôt que débusquer les erreurs de raisonnement dans une réflexion philosophique ?

Et pourtant c'est ainsi, passer le balai était un enchantement. Parce que l'activité du corps est en elle-même agréable, et laisse l'esprit libre de vagabonder à ce qui lui plaît. Les intellectuels, avec leur hauteur habituelle, voient les métiers manuels comme une aliénation. Cette idée remonte à Platon, qui opposait le corps et l'esprit et considérait que toute activité corporelle avilissait notre âme. La philosophie consistant au contraire à « apprendre à mourir », c'est-à-dire à s'efforcer de séparer l'âme de ce corps dont les sensations nous trompent et dont les désirs nous écartent de la justice.

Eh bien, en vérité il y a peut-être bien plus d'aliénation et de misère dans le métier de l'intellectuel ! Car celui qui est astreint à une activité intellectuelle n'est pas libre, ni de corps (il est cloué à sa chaise), ni d'esprit. Alors que la ménagère s'active et ses pensées voltigent où bon leur semble, comme une nuée de papillons folâtres. Il y a des rapports insoupçonnés entre le ménage et le yoga...

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Le déterminisme
Jeudi 12 février 2009

Le déterminisme est une hypothèse stupéfiante.

D'abord, parce qu'elle est vraie. Ou du moins nous devons la tenir pour vraie : tous les arguments sont pour elle, aucun n'est contre.

Ensuite, il faut bien comprendre ce qu'elle dit : que rien n'est possible, sauf une seule chose, un seul futur. Le concept de possibilité est une illusion. Le monde se dresse d'un bloc, passé, présent et futur, comme une pierre que le faisceau de l'instant parcourt du regard.

Concrètement : je crois pouvoir faire ceci ou cela, mais c'est faux, je ne « peux » faire qu'une seule chose. Et pourtant... Nous sentons et nous expérimentons que nous sommes « libres ». C'est bien là l'aspect le plus stupéfiant. Comment la vie et l'action sont-elles possibles si le concept de possibilité n'est qu'une illusion ? C'est pourtant sur cette base que nous agissons chaque jour.

Qu'est-ce qui est possible ? Ce qui n'est pas impossible. Une possibilité est l'envers d'une contrainte. Je peux aller là – il n'y a pas de mur. Or le concept d'impossibilité, lui, est parfaitement légitime. Il y a bien de l'impossible. Le concept de possibilité n'est donc pas tout à fait faux : en réalité il désigne une incertitude. Est « possible » ce que nous ne savons pas être impossible. C'est-à-dire que le « possible » contient au moins la possibilité.

Mais il y a mieux encore : c'est qu'en vérité ce qui me semble possible est effectivement possible, mais uniquement pour moi. Il y a là un profond paradoxe, car il y a circularité. Mon cerveau étant impliqué dans le phénomène, il y a bien du possible pour lui. Car de son point de vue, il doit être effacé lui-même : une machine ne peut s'intégrer elle-même dans son propre calcul. Je ne peux pas être une donnée du problème que je me pose. Je ne peux pas être une variable indépendante car je suis une variable dépendante. Ce qui est une manière un peu précise de dire que l'œil ne fait pas partie du champ visuel.

Je suis bien libre, mais uniquement de mon point de vue. Uniquement au moment où je pense, car c'est cette pensée qui va déterminer mon action, donc le futur. Pour un autre, je ne suis pas libre. La liberté existe du point de vue d'un homme ou de toute machine agissante. En revanche la liberté n'existe pas du « point de vue de nulle part », qui est le point de vue habituel du langage scientifique. On pourrait parler, pour désigner cette liberté bien particulière, d'un indéterminisme subjectif. Il y a là un concept fonctionnel, pour machines pensantes, tout à fait rigoureux il me semble.

Pour le dire encore une fois, d'une manière peut-être encore plus claire : il est rationnel d'utiliser ce concept de liberté en tant qu'être humain. Il est rationnel de penser que ce que nous ne savons pas être impossible est possible. C'est de ce paradoxe que je voulais rendre compte : bien que le monde soit déterminé il est néanmoins rationnel de faire comme s'il ne l'était pas.

Il est donc à la fois vrai que tout est déterminé, et que je suis libre de déplacer ma main à gauche ou à droite. Le monde est déterminé mais je suis « libre » car je suis une partie du monde.

Mots-clés :  déterminisme   liberté   
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