Le brin d'herbe

Blog philosophique et politique

Esthétique de l'absurde
Dimanche 27 décembre 2015

Le problème du « sens de la vie » n'est pas philosophique mais esthétique : nous avons une vision faussée de l'absurde.

Or seule une image peut s'opposer à une autre image. Ce qu'il nous faut donc, plus qu'une philosophie, c'est une esthétique de l'absurde.

Le mot « absurde » désigne d'abord une attente de sens déçue, donc une tristesse. Mais là où est le danger, là croît aussi ce qui sauve. Le remède à cette déception n'est pas dans la quête du sens, mais dans l'absurde lui-même.

A force de percevoir l'absurde comme une tristesse, nous oublions cette vérité fondamentale : la vie, le désir, le plaisir, le bonheur sont des choses fondamentalement absurdes. Mais vigoureusement absurdes, joyeusement absurdes, comme les rayons du soleil dans un matin d'été.

soleil

La difficulté de la vie tient à ce fait : la tristesse est sensée, la joie est absurde. D'où il faut conclure que l'absurde est supérieur au sens.

Voici, en termes athées, la traduction du bon vieux « credo quia absurdum ».

Cf. le goût de l'absurde.

Mots-clés :  sens   absurde   image   
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L'ambiguïté du cercle
Samedi 12 octobre 2013

Il est amusant de remarquer qu'une même forme, le cercle, symbolise à la fois la perfection et l'absurdité.

approche de la perfection
Approche de la perfection, par Jean Paul

Mots-clés :  symbole   métaphore   cercle   perfection   absurde   
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Le goût de l'absurde
Mercredi 17 novembre 2010

« Comment peux-tu jouer au tennis toute la journée ? demanda Houei-Tseu à Tchouang-Tseu. C'est une activité qui n'a pas de sens.

– Le monde n'a pas de sens, répondit Tchouang-Tseu en s'épongeant le front.

– Oui, mais l'homme a besoin de sens, répliqua Houei-Tseu, et c'est pourquoi il fuit cette absurdité dans la pensée, par laquelle il donne sens à ce monde qui sans lui n'en aurait pas. Moi, je ne saurais vivre sans ce sens.

– Justement, mon activité est pleine de sens : par la pratique de l'absurde j'apprends à l'expérimenter, à le vivre, à l'accepter. C'est un bel et agréable exercice. Le sens de ma vie est de me faire à l'idée que la vie n'a pas de sens.

– Alors le jour où tu auras atteint ton but, tu arrêteras de jouer au tennis ?

– Au contraire, je continuerai de plus belle, mais pour le plaisir cette fois, enfin libre, comme un enfant.

– Je t'admire, Tchouang-Tseu, mais je ne t'envie pas, car l'absurde n'est pas la maison où je souhaite habiter.

– Es-tu tu sûr de ne pas aimer l'absurde ? demanda Tchouang-Tseu en clignant des yeux. L'as-tu bien regardé, l'absurde, brûler là-haut tout jaune et tout rond ? L'as-tu bien goûté, l'absurde, ferme et juteux comme la chair des pêches ? L'as-tu bien écoutée, la musique absurde ? L'as-tu bien vécu, l'absurde, ce délicieux frisson qui traverse tes membres sans raison et te laisse retomber, inerte comme un absurde caillou ? »

tennis dali

Mots-clés :  absurde   bonheur   existence   sens   
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Un gai savoir
Lundi 13 septembre 2010

Nos humeurs sont sans raison.

On le vérifie en mille occasions. Ainsi, quand soudain, dans la rue, monte en nous une joie inextinguible et irrépressible, nous éprouvons cette absurdité avec bonheur, et notre joie redouble de son irrationalité même, sa gratuité augmente sa beauté.

Mais l'inverse est également vrai, et c'est aussi sans raison que l'on souffre, même si on cherche alors de beaux et nobles prétextes à notre chagrin.

Et dans ce cas encore, prendre conscience de cet état de fait nous rendra plus heureux, cela atténuera notre tristesse. Nietzsche avait remarqué que le sens est un remède (le grand remède) à la souffrance. Mais l'absurde en est un aussi, et plus dionysiaque que l'autre.

Mots-clés :  joie   souffrance   sentiments   absurde   sens   tristesse   
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La mort, condition de la joie
Vendredi 20 août 2010

La fête des morts mexicaine permet d'éprouver, de ressentir dans sa chair, la vérité philosophique suivante :

La mort rend joyeux.

C'est ainsi qu'en sortant de l'exposition sur les vanités (tableaux illustrant, par des images morbides, la misère de la condition humaine) qui se tenait au musée Maillol à Paris, de nombreux visiteurs étaient étonnamment gais.

Fête des morts au Mexique
Fête des morts au Mexique

Mais il n'y a là rien d'étonnant. L'idée de la mort attriste, certes, mais elle donne aussi le sentiment de la brièveté de la vie. D'où la soudaine envie de faire n'importe quoi, et vite. C'est ainsi que la joie se distingue du bonheur : la joie est une envie de vivre où entre un peu de folie, d'hystérie, d'angoisse, de frénésie.

Et aussi beaucoup d'allégresse, car la mort suscite le sentiment de l'absurde, qui nous soulage en allégeant nos misères quotidiennes : il nous rappelle qu'elles n'ont pas de sens.

On retrouve cette idée d'une joie qui naît de l'angoisse un peu partout, par exemple chez Heidegger, ou dans cette chanson de Brel :

J'veux qu'on rie,
j'veux qu'on danse,
j'veux qu'on s'amuse comme des fous

J'veux qu'on rie,
j'veux qu'on danse,
quand c'est qu'on m'mettra dans l'trou

On comprend, maintenant, pourquoi les squelettes ont le sourire...

crane de squelette

Et surtout on comprend pourquoi il n'y a plus de joie de nos jours. (Raoul Vaneigem, je crois, remarque qu'il n'existe plus de musique joyeuse depuis le Moyen Age.) C'est parce qu'aujourd'hui, on ne meurt plus. La mort est obnubilée, exclue de notre champ de vision.

Mots-clés :  joie   mort   dialectique   absurde   sens   
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La haine absurde
Mercredi 9 juin 2010

D’habitude, on adule les Bleus, et ces éloges, généralement fondés sur une appartenance géographique commune, voire sur une simple étiquette, sont aussi absurdes que le patriotisme (mais moins meurtriers).

Aujourd’hui, on déteste les Bleus, et je me rends compte que ce désamour est encore pire que l’autre sentiment.

Entre l’amour absurde et la haine absurde, je préfère encore l’amour absurde.

Mots-clés :  absurde   amour   haine   actualités   
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Souffrir pour rien
Mercredi 26 mai 2010

Il n'est jamais trop tard pour lire Cioran, philosophe roumain et pessimiste. La phrase suivante, tirée du Précis de décomposition, m'a frappé par sa pertinence et son actualité :

S'étant forgé un système d'erreur, il [l'homme] souffre pour des motifs dont la nullité effraie l'esprit et se donne à des valeurs dont le ridicule crève les yeux.
Cioran, Précis de décomposition

Ça claque.

Et surtout c'est vrai. En particulier pour cette capacité que nous avons à souffrir pour d'absurdes vétilles.

Mots-clés :  souffrance   absurde   
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