Le brin d'herbe

Blog philosophique et politique

Mémoire et douleur
Dimanche 30 octobre 2011

La mémoire est une invention de la douleur.

C'est une formule philosophique que j'ai trouvée à l'instant. Si j'étais un grand philosophe j'essaierai de bien l'amener et de la prendre au sérieux, mais comme je ne suis que l'auteur de ce blog je la livre comme ça, en toute simplicité.

C'est une citation philosophique typique : ça pète, mais c'est pas vraiment vrai.

Ne le prenons pas mal. Soyons un peu ouverts. Si ça interroge, si ça pousse à réfléchir un peu, c'est déjà pas mal. Humble philosophie de papillote.

papillote

Mots-clés :  aphorisme   philosophie   mémoire   souffrance   
Lien permanent
Afficher les commentaires (2 commentaires)
Ecrire un commentaire
Philosophie et poésie
Vendredi 13 mai 2011

Je crois que la philosophie est, pour une très grande part au moins, un simple genre de poésie (comme l'ont remarqué quelques bons esprits, parmi lesquels Montaigne et Rudolf Carnap).

C'est-à-dire qu'elle présente le monde sous un certain jour, elle propose une interprétation, une vision des choses, une attitude face à la vie. Elle donne un visage au monde, quoi.

La conclusion à en tirer serait qu'il ne faut pas dénier et dénigrer ce fait en se voilant la face dans des draperies alambiquées, mais tout simplement l'accepter. Et jouer le jeu, essayer de faire de la belle philosophie, de la belle poésie.

Ainsi, ceux qui ont suivi cette voie ont produit des œuvres admirables : Héraclite, Nietzsche, Cioran, pour ne citer que quelques noms qui me viennent à l'esprit, parmi les philosophes au style brillant.

On ne blâmera pas les honnêtes analystes, qui font un travail différent, et intéressant, de clarification de la pensée : Aristote, Wittgenstein, Russell.

Mais il y a les analystes obscurs (Kant, Hegel) et, enfin, ceux qui avaient conscience de ce lien particulier entre philosophie et langage, mais qui ont fait une poésie d'un goût douteux : Heidegger, Deleuze, Derrida, et dans une moindre mesure Foucault. Le cul entre deux chaises, ils semblent parfois à côté de la plaque, et voulant courir deux lièvres ils n'en attrapent aucun.

Ah, j'allais oublier, quelque chose de très important pourtant : un petit exemple de style en philosophie :

« On doit se ranger du côté des opprimés en toute circonstance, même quand ils ont tort, sans pour autant perdre de vue qu’ils sont pétris de la même boue que leurs oppresseurs. »
Cioran, De l'inconvénient d'être né
Mots-clés :  philosophie   poésie   langage   
Lien permanent
Ecrire un commentaire
L'expérience platonicienne
Dimanche 21 novembre 2010

Allez, comme je n'en suis plus à une farfeluité près, je vais raconter l'expérience philosophique fondamentale qui est à la source de la philosophie platonicienne, je veux dire cette idée selon laquelle « philosopher c'est apprendre à mourir », au sens d'apprendre à faire taire le corps pour que l'âme ne soit pas souillée ni dérangée par lui et puisse penser en paix.

Platon baise une jolie carthaginoise, il l'attrape par les cheveux, etc., il est pris par la sauvage furie des sens. Puis, radieux, en poussant des rugissements incontrôlés, il atteint l'extase, ce fameux point triple où on ne sait plus si on est solide, liquide ou gazeux. Alors heureux vidé rassasié satisfait épuisé assouvi, le voilà qui roule dans les draps et se retrouve allongé sur le dos, face aux étoiles invisibles. La fine main de son amante vient se poser sur sa poitrine, délicatement, il en sent chaque doigt sur sa peau émerveillée.

après l'amour

Ô, délicieux silence du corps apaisé ! Dans ce calme ses yeux s'ouvrent et il voit de nouvelles choses. Dans ce silence il entend de nouvelles musiques, plus subtiles et plus délicates. Son esprit est enfin libre pour les errances aériennes, comme un ballon de baudruche porté par la brise.

Bref, Platon sent émerveillé que ses pensées sont plus nettes, comme la vision dans l'air limpide du matin. Et c'est pourquoi, idéaliste, il fait en quelque sorte l'éloge de la mort.

Là-dessus, en tant que matérialiste et bon vivant, on peut hésiter à sauter ainsi du repos à la mort. Et, même si l'on admet que l'apaisement du corps présente un certain intérêt spirituel, il reste à trancher une question importante : atteindra-t-on mieux un apaisement savoureux par l'ascèse et l'apprentissage du renoncement, ou par le désir et la jouissance qui mènent à la plénitude comme un fleuve qui se jette dans la mer ?

Mots-clés :  corps   esprit   mort   philosophie   repos   
Lien permanent
Ecrire un commentaire
Aux choses mêmes !
Vendredi 24 septembre 2010

« Il faut revenir aux choses mêmes ! »

C'est l'affirmation bien connue de Husserl, phénoménologue du début du XXe siècle. Cette affirmation marque justement la naissance de la phénoménologie : s'intéresser aux phénomènes, aux choses telles qu'elles apparaissent.

Que signifie cette nouvelle discipline ? Est-elle le produit d'un esprit qui sentait plus ou moins consciemment que la science avait occupé tout autre type de discours ?

Edmund Husserl
Edmund Husserl

La question que je me pose, en dehors de celle-là, est la suivante : quelles teintes poétiques prenait cette phrase dans l'esprit de Husserl ? J'imagine difficilement qu'on puisse penser une phrase de ce genre sans avoir une idée derrière la tête, une intuition directrice plus ou moins diffuse, une Leitbild. Le sens profond de l'histoire de la philosophie nous restera peut-être caché tant qu'on n'aura pas élucidé ce genre de mystère ! Si un phénoménologue peut m'éclairer je suis preneur...

Mots-clés :  phénoménologie   philosophie   
Lien permanent
Ecrire un commentaire
Matière et esprit
Jeudi 23 septembre 2010

Devant notre capacité à souffrir pour des riens, une réaction classique est de se dire : « Allons ! Tout ceci n'est que du vent. Seuls les faits importent. »

C'est une forme de matérialisme.

Mais il est clair que les faits ne sont pas seuls, il y a aussi les idées, les sentiments. Et précisément, pour l'homme, paradoxalement, seuls ceux-ci importent ! La réalité peut être n'importe quoi, le bonheur de l'homme ne dépend que de l'idée qu'il en a. D'où l'attitude idéaliste.

Ces deux attitudes existentielles possibles sont peut-être le terreau sur la base duquel s'est développée la controverse, bien plus abstraite, entre matérialisme et idéalisme. Mais en coupant cette question de son origine, les philosophes l'ont rendue exsangue et en vérité ils l'ont considérablement appauvrie alors qu'ils croyaient l'élever.

Mots-clés :  matière et esprit   matérialisme   idéalisme   philosophie   
Lien permanent
Ecrire un commentaire
Désir kamikaze
Lundi 16 août 2010

Je reviens sur un problème philosophique classique, mais qui me semble vraiment absolument fondamental. Je veux parler de la distinction entre la méthode et le système, c'est-à-dire entre le chemin et le point d'arrivée (d'ailleurs étymologiquement méthode signifie chemin, en grec). D'un côté donc, le processus, l'action, le désir en activité ; de l'autre quelque chose de fixe, figé, l'idéal, le bonheur, le but, la fin, le terme.

Ces deux concepts donnent lieu à une contradiction fondamentale si on oublie l'un ou l'autre :

Bien sûr, il faut raffiner l'analyse, nuancer, distinguer. Mais pour prendre un cas empirique simple, on verra apparaître cette contradiction entre les philosophes qui s'attachent plutôt à poser des questions qu'à y répondre (approche de la méthode) et ceux qui considèrent que le but reste de répondre, sans quoi la question n'a pas de sens (approche du résultat).

Le chercheur est fortement pris dans la contradiction, car si son but est de trouver, son existence en tant que chercheur est provisoire et inutile. En tant que chercheur, il doit disparaître. Et si son but n'est pas de trouver, à moins qu'il soit philosophe il aura bien du mal à obtenir des crédits, donc à exister. Et plus profondément, il aura du mal à donner un sens à sa quête : que signifie une recherche qui d'avance se prend elle-même pour fin et n'espère aucun résultat, au contraire (car la découverte d'un résultat signifierait la fin de cette activité que l'on aime tant) ?

On retrouve donc dans le cas du chercheur (ou du philosophe) la structure kamikaze du désir : le désir est une tension qui vise à se résorber, donc à s'auto-détruire. Profond paradoxe de la vie. [[heu...]]

Dans la vie quotidienne, en revanche, la contradiction peut être résolue facilement, pourvu que l'on distingue d'un côté des activités productrices (typiquement : le travail), qui visent un résultat, et dont on souhaite clairement la disparition, ou la minimisation, et d'un autre côté des activités libres, faites pour elles-mêmes, pour le plaisir : loisir, jeu, activités sportives et intellectuelles, amour et relations humaines, etc. Je n'invente rien, on retrouve ici la vieille distinction d'Aristote entre poiesis et praxis.

Ce que montre cette analyse, c'est que cette distinction était nécessaire pour que la vie ne s'effondre pas dans une gigantesque contradiction !

Concrètement, existentiellement, on peut ressentir la contradiction si l'on centre sa vie sur une activité qui vise certains résultats, ce qui est le cas de nos chercheurs évoqués plus haut.

Conclusion paradoxale :

Vouer sa vie à un but,
c'est la priver de sens !

A moins bien sûr d'assumer sa position de kamikaze. Mais on risque fort d'y laisser la peau, que l'on parvienne ou non au but désiré !

Toute cette analyse présuppose une approche individualiste, et la contradiction se dissipe si on admet qu'une vie peut trouver son sens ailleurs qu'en elle-même. Selon cette solution discutable, la vie d'un esclave et d'un bienfaiteur de l'humanité sont pleines de sens.

Mots-clés :  désir   contradiction   vie   méthode et système   moyens et fins   sens   philosophie   
Lien permanent
Ecrire un commentaire
Symétrie
Mercredi 28 juillet 2010

Le philosophe considère les faits comme des (manifestations de) théories, alors que le romancier considère les théories comme des faits.

Mots-clés :  art   philosophie   théorie   réalité   aphorisme   
Lien permanent
Ecrire un commentaire
Est-ce vraiment compliqué ?
Mardi 29 juin 2010

« C'est plus compliqué que cela. »

« Vous simplifiez à l'extrême. »

« Je ne peux pas vous dévoiler ma pensée en un instant. C'est un long cheminement qui demande nécessairement du temps. »

Voilà des jugements que l'on entend régulièrement dans les bouches intellectuelles.

Mais les choses sont-elles vraiment si compliquées ?

intellectuel

Je remarque deux faits : premièrement, l'intellectuel a un intérêt à ce que les choses soient compliquées. Si les choses étaient simples, il n'aurait aucune utilité. On pourrait se passer de lui.

Deuxièmement, la simplification est au moins aussi intéressante que la complexification. La synthèse est au moins aussi importante que l'analyse. Il faut évidemment aller dans les détails, et distinguer. Mais il est tout aussi essentiel de savoir, in fine, ramener les théories à leurs conclusions, les mettre face à leurs responsabilités en quelque sorte.

Peut-être insistera-t-on davantage sur l'un ou l'autre aspect (analyse ou synthèse) selon que l'on s'intéresse plutôt à la méthode ou au système. La méthode, c'est-à-dire la réflexion pour elle-même, la question pour le plaisir de la question ; le système, c'est-à-dire au contraire le résultat, la réflexion pour les conséquences théoriques et pratiques qu'elle produit (éventuellement).

Quoi qu'il en soit je remarque qu'un grand nombre de choses sont compliquées uniquement parce qu'elles sont terriblement mal expliquées. Je suis même prêt à soutenir qu'aucune théorie philosophique n'est compliquée.

(Mais je ne saurais pas expliquer simplement pourquoi. :)=)

Mots-clés :  simplicité   philosophie   
Lien permanent
Afficher les commentaires (1 commentaire)
Ecrire un commentaire
Sur la fin de la philosophie
Vendredi 14 mai 2010

Petite remarque sur la fin de la philosophie.

J'ai déjà remarqué quelque part qu'on était plutôt au début d'une époque éminemment philosophique.

J'ajouterai encore ceci : de manière plus générale, la philosophie (comme l'art) ne fait pas partie des choses qui ont une fin. Les choses ne font pas défaut. La pensée ne s'arrête pas. C'est seulement l'homme qui, momentanément, n'est plus capable de penser, de voir les choses, pour des raisons personnelles ou historiques. C'est-à-dire, plus précisément, qu'à certaines époques il y a des préjugés qui empêchent de penser ; ou des problèmes enterrés, recouverts ; ou des opinions et valeurs dominantes qui jettent un discrédit sur certaines questions. Mais la Pensée, elle, n'est pas affectée par cela, elle ne tarit pas, planant, infinie et éternelle, au-dessus de nos âmes !

En fait, cette idée de l'infinité de la pensée est une autre formulation de l'infinité de « Dieu », comme on le voit en lisant Victor Hugo défendre la même idée (William Shakespeare, livre III, 1 et 5, et livre V, 2).

Victor Hugo

Mots-clés :  philosophie   histoire   infini   
Lien permanent
Ecrire un commentaire
Technique et vérité
Dimanche 12 avril 2009

Au XXe siècle, on a beaucoup diagnostiqué « la fin de la philosophie », notamment par positivisme : on pensait, un peu comme Wittgenstein a pu le penser, que la philosophie allait se dissoudre dans la science et la logique (et l'analyse du langage).

Pourtant, il me semble au contraire que nous allons vers une époque de plus en plus philosophique, que les problèmes philosophiques seront de plus en plus présents concrètement dans la vie quotidienne.

Par exemple, le développement des moyens de communication, des ordinateurs, du monde virtuel soulève la question du réel : dans un monde où nous pouvons créer des êtres abstraits avec qui vivre des relations idéales, à quoi bon se coltiner le rugueux réel ? A quoi bon avoir des relations avec des êtres humains réels si nous pouvons créer des androïdes correspondant à nos idéaux ? Il faut imaginer cela : que demain nous serons des dieux, que tout sera possible. La femme ou l'homme de nos rêves sera là, à notre disposition, créé(e) par un ordinateur analysant notre cerveau et nos émotions en temps réel pour faire réagir cet être de la manière la plus agréable qui soit pour nous.

De même, avec le progrès technique la guerre et la violence sont en passe d'être éliminées, et dès demain nous vivrons dans un monde où la loi sera exécutée à la perfection par un système de surveillance généralisé. Ce sera donc un monde parfait : la loi sera appliquée à la perfection. Par conséquent l'homme sera mis face à lui-même, il devra se demander ce qu'il veut vraiment, car il pourra tout avoir.

Et c'est bien ce qu'il se produit d'une manière générale : en rendant tout possible, la technique pousse finalement l'homme à se demander ce qu'il veut, et aussi à s'auto-réguler (c'est ainsi que l'arme nucléaire a mis fin aux grandes guerres). « Science sans conscience n'est que ruine de l'âme », disait Rabelais. On peut ajouter que la science, en nous donnant la technique et le pouvoir, nous oblige à acquérir la conscience. Avec le pouvoir entre les mains nous sommes forcés de devenir sages. Le pouvoir : non seulement la bombe, mais aussi nos enfants, la vie (via les manipulations génétiques), le monde (via l'environnement), peut-être un jour l'univers entier.

De même, le progrès technique, en libérant l'homme du travail, le condamne peu à peu à la liberté, à l'art et à la philosophie. Ah, qu'il était bon d'être esclave ! Mais voilà que le destin, c'est-à-dire l'histoire, nous jette dans la liberté. Ici comme ailleurs il faut renverser le christianisme : nous sommes chassés du monde et jetés dans le jardin d'Eden.

Adam et Eve chassés du paradis
Chagall, Adam et Eve chassés du paradis

Tout ceci peut sembler bien lointain, mais rien n'est plus actuel. Toutes ces évolutions sont déjà en route, et bien avancées. Chaque innovation technique, en ouvrant une nouvelle possibilité, nous rapproche de la vérité et soulève de nouvelles interrogations philosophiques.

Heidegger avait compris cela dès l'immédiat après-guerre : « la technique est le dévoilement de la vérité », disait-il, en entendant la technique au sens grec de technè, un concept qui inclut aussi l'art... Il faut comprendre qu'en manipulant la matière, en la triturant en tous sens comme on fait jouer les pièces d'un casse-tête, la vérité finit nécessairement par... éclater.

Mots-clés :  philosophie   histoire   
Lien permanent
Ecrire un commentaire

Retour en haut de page

Contact       Fil RSS

Le Brin d'Herbe - Blog philosophique et politique