De plus en plus, nos actes sont guidés par le discours du biopouvoir. Par exemple, les discours des nutritionnistes sur ce qui est bon et ce qui ne l'est pas déterminent de plus en plus notre alimentation. Or agir en suivant ces prescriptions est non seulement laid et ennuyeux, mais douteux, car les questions sont loin d'être tranchées. Chaque nouvelle étude tend à contredire la précédente. La salade est cancérigène ; mais ne pas manger de salade est encore plus cancérigène. La science n'a pas encore fait le tour de l'homme, et il est probable qu'en vérité l'alimentation idéale dépend de la complexion de chacun, et que finalement notre goût, notre instinct, soit le meilleur guide. Et quand bien même il ne le serait pas, ne vaut-il pas mieux une vie courte passée à faire ce qu'on aime plutôt qu'une longue vie guidée par les prescriptions et les ordonnances des médecins et des scientifiques ?
Voici donc une philosophie merveilleusement simple : dans le doute, quand il faut choisir entre deux actes aux conséquences lointaines et incertaines, autant opter pour la solution la plus agréable dans l'immédiat.
Finalement cette philosophie est en quelque sorte l'inverse du pari de Pascal. A l'époque où l'éternité paraissait avoir quelque crédibilité, Pascal pouvait utiliser les statistiques pour recommander de sacrifier la vie terrestre dans l'espoir d'un au-delà. Aujourd'hui, avec la terre et la chair pour seuls horizons, les mêmes statistiques nous conduisent au résultat inverse, et au principe de précaution on peut opposer le principe de plaisir.
Mais ceci ne vaut que pour l'action qui n'engage que nous. Quand notre action risque d'avoir des conséquences pour l'environnement et les générations futures, alors la prudence reste de mise.
Alors ça j'en parle parce que c'est quand même comique : il paraît (selon une étude menée par John Coates, de l'Université de Cambridge, et parue aujourd'hui) que les financiers qui ont l'annulaire plus long que l'index sont meilleurs que les autres.
Explication : un annulaire plus long que l'index révèle un niveau élevé d'exposition prénatale aux androgènes, ce qui entraîne un taux élevé de testostérone, une hormone qui accroît la confiance en soi et la vitesse de réaction.
Il y a par ailleurs l'idée qu'il suffit d'avoir confiance en soi pour réussir. J'aime bien cette idée, qui entre dans la vaste catégorie des « théories de la magie » : il suffit de croire en une chose pour qu'elle advienne. Prophétie auto-réalisatrice. Et inversement il suffit bien souvent d'imaginer le pire pour qu'il se produise. Car l'imaginer c'est déjà le vouloir, et par ailleurs la seule crainte nous affaiblit déjà.
C'est là une belle théorie, qui fonde d'ailleurs le spinozisme (je veux dire l'idée qu'il faut chercher au maximum à voir le bon côté des choses pour être mû par un affect de joie plutôt que par une passion triste). Et c'est aussi sur la base de cette idée que la psychanalyse explique qu'un enfant ayant reçu beaucoup d'amour de sa mère aura une forte confiance en lui et réussira dans la vie.
Mais si la confiance en soi est déterminée biologiquement, cela suggère une autre explication : il se pourrait que ce ne soit pas la confiance qui entraîne la réussite, mais un troisième facteur (hormonal) qui entraîne à la fois la confiance en soi et des dispositions particulières (ex : la vitesse de réaction, selon cette étude) qui favorisent la réussite.
Quoi qu'il en soit, il reste sans doute vrai que la confiance en soi est facteur de succès, car elle possède une efficacité causale propre : elle se traduit par des effets psychologiques et existentiels non négligeables. C'est pourquoi la chance sourit aux audacieux : car elle n'existe que pour celui qui est prêt à la saisir...
Je ne vais rien dire quant a vos doutes vis a vis des différents discours des nutritionnistes ( ce qui se réduirait a citer a tour de rôle des études) même si il est vrai qu'on a de quoi être étonné (je me souviens notamment d'une émission datant de quelques semaines où deux "pontes" en la matière donnaient des conseils contradictoires comme réponse a une même question...).
Mais je ne vois pas en quoi "agir en suivant ces prescriptions est non seulement laid et ennuyeux".Ne prenez vous pas plaisir a faire la cuisine? Le problème se situerait peut être là car il y a mille recettes qui permettent d'allier nutrition et plaisir gustatif