Le brin d'herbe

Blog philosophique et politique

Manger, plaisir de la résurrection
Jeudi 6 mai 2010

Pourquoi est-il si agréable de manger ?

En étudiant la philosophie j'ai appris qu'on pouvait répondre des tas de choses folles à ce genre de questions banales. En voici un exemple d'une telle investigation interprétatrice.

Pourquoi manger est si bon ? Voyons. Que se passe-t-il quand on mange ? D'abord, on tue. C'est violent. Oui, tout ce qu'on mange est vivant. Dans le meilleur des cas, c'est une partie conçue par la plante pour être mangée (exemple unique à ma connaissance : le fruit) donc on ne tue pas vraiment, mais quand même. Donc manger, c'est le plaisir de tuer (pulsion de mort).

Manger

Mais manger n'est pas seulement détruire (l'aliment), c'est aussi construire (notre corps). Donc manger est le plaisir de vivre (pulsion de vie). Finalement, voici : en mangeant se produit ce miracle : on en tue un pour en faire vivre un autre. La matière de l'un nourrit l'autre. Elle entre sous un autre rapport, elle revit dans un autre être. Finalement, manger est une résurrection. Le plaisir de manger est donc le plaisir de la résurrection.

Je ne sais pas si c'est ce qu'ont voulu symboliser les Pères de l'Eglise avec cette histoire d'ostie, métaphore du corps du Christ qu'on avale, brr, ça fait un peu cannibale. Peut-être.

Mots-clés :  manger   résurrection   plaisir   interprétation   christianisme   vie   mort   
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Le plaisir du néant
Mercredi 28 octobre 2009

Le néant s'éprouve parfois douloureusement : dans l'angoisse, qui est la peur du néant ; ou dans l'ennui, qui est le déplaisir que nous cause le rien imposé, par exemple quand on attend un train ou quand on subit un cours. (A partir de là, les philosophes ont vu dans l'angoisse et l'ennui des sentiments privilégiés, métaphysiques, révélant la transcendance de l'homme, etc.)

Pourtant, le néant peut aussi s'éprouver sur le mode du plaisir. Le rien peut être un délice.

Un seul exemple : le repos. Arrêtons-nous un instant sur cette sensation. Tu rentres du boulot. Tu es crevé, puant, l'inconfort colle à ta peau. Alors tu arrives chez toi, tu jettes ton fatras, tu prends une douche, et tu te vautres dans ton canapé (ou sur ton plumard). Une délicieuse sensation t'envahit. Allongé sur le dos, tu ne fais plus rien, tu ne penses plus à rien, tu jouis simplement de ton corps et du néant.

La conclusion, c'est qu'avec cette image en tête, au lieu d'imaginer le néant comme quelque chose de noir, mauvais, terrible ou douloureux, on l'imagine alors plutôt comme un bonheur, une jouissance pure, sereine et sans soucis.

Nous pouvons même imaginer un homme qui, véritable hédoniste nihiliste, saurait jouir pleinement du néant. Il recherchait sans cesse l'inaction, et s'adonnerait alors au plaisir infini de la rêverie la plus libre qui soit. Cet idéal-type est aux antipodes de l'homme moderne qui s'agite frénétiquement en quête de divertissement (cf. Pascal)...

Van Gogh, le repos
Van Gogh, Le Repos

Mots-clés :  néant   plaisir   
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