Ah, la vie est bien dure ! Et on ne sait si on doit pleurer comme Héraclite ou rire comme Démocrite (et Montaigne) !
Démocrite et Héraclite ont été deux philosophes, desquels le premier trouvant vaine et ridicule l’humaine condition, ne sortait en public qu’avec un visage moqueur et riant ; Héraclite, ayant pitié et compassion de cette même condition nôtre, en portait le visage continuellement triste, et les yeux chargés de larmes. […] J’aime mieux la première humeur, non parce qu’il est plus plaisant de rire que de pleurer : mais par ce qu’elle est plus dédaigneuse, et qu’elle nous condamne plus que l’autre : et il me semble que nous ne pouvons jamais être autant méprisés que nous le méritons. La plainte et la commisération sont mêlées à quelque estimation de la chose qu’on plaint : les choses dont on se moque, on les estime sans prix. Je ne pense point qu’il y ait tant de malheur en nous que de vanité, ni tant de malice que de sottise : nous ne sommes pas si pleins de mal que d’inanité : nous ne sommes pas si misérables que vils.
Montaigne, Essais, I, 50
Mais heureusement, il y a les dieux et les anges. Les dieux, c'est-à-dire les idées qui nous guident comme des étoiles. Et les anges, c'est-à-dire ces doux regards que l'on croise, au détour d'un rêve ou d'un couloir. Après ça on peut replonger dans la tempête, on ne craint plus les vagues ni les bourrasques ! Le tout est de tenir la barre, et de ne jamais perdre de vue l'étoile !
J'aime imaginer le calme serein qui règne au-dessus des tempêtes : le plancher des nuages qui se déchirent ; le grand vide ; et puis les étoiles, loin au-dessus, qui scintillent, immobiles.